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Expo à Paris

Julie Manet. La mémoire impressionniste

Fille unique de la peintre Berthe Morisot et d’Eugène Manet, le plus jeune frère de l’illustre Édouard Manet, il n’est pas facile de s’appeler Julie Manet (1878-1966) et d’être reconnue comme peintre en ayant grandi dans un cercle familial artistique si prestigieux autour duquel gravitaient tous les pionniers de l’Impressionnisme.

Julie modèle des peintres

Julie est d’abord la muse de sa mère Berthe Morisot qui a eu cette enfant à 37 ans et ne se lasse pas de la peindre à tous les âges. Julie dans son berceau, Julie jouant dans l’herbe, Julie et sa poupée, Julie nourrissant les cygnes au Bois de Boulogne, Julie rêveuse, Julie avec son père Eugène dans le jardin de Bougival, Julie jouant de la flûte avec sa cousine Jeannie Gobillard, Julie et sa levrette Laërtes, etc. Eugène Manet, qui manie aussi le crayon, mais a toujours refusé d’exposer, dessine aussi « son Bibi ». Julie enfant, puis jeune fille est devenue le modèle préféré de nombre de peintres impressionnistes. À commencer par Renoir qui lui dédie plusieurs tableaux, dont L’enfant au chat (1887, musée d’Orsay).

Julie peintre

Julie Manet baigne dans le monde de l’art depuis l’enfance. Elle joue de la flûte et du violon et s’est mise aussi à la peinture. À quinze ans, Julie peint les mêmes motifs que sa mère qui l’a formée, adopte la même touche. Dans son journal, commencé en 1893, elle raconte ces matinées d’été à peindre ou dessiner aux crayons de couleur dans la forêt de Fontainebleau. La mort de son père cette même année est un choc. Celle de sa mère deux ans plus tard, un cataclysme. Julie a 17 ans. C’est l’ami Mallarmé, son tuteur, et Renoir qui veillent sur elle et sur ses deux cousines Jeannie et Paule Gobillard, elles aussi orphelines de leur mère. Julie poursuit ses études de peinture, visite le Louvre avec Degas, les galeries avec Mallarmé, peint des portraits, ses cousines surtout (Jeannine Gobillard dans un jardin, Jeannine Gobillard au Mesnil, Paule en train de peindre…) dans un style proche de celui de Renoir, et des paysages (Vue de Noirmoutier, Le Mesnil, Sous-bois…). Elle reçoit les leçons de Renoir, séjourne chez les Monet à Giverny. L’affaire Dreyfus divise alors la France entière et les peintres n’y échappent pas. Monet est un fervent dreyfusard et soutient Zola, tandis que Degas fait partie des antidreyfusards les plus acharnés. Les querelles sont terribles sur fond d’antisémitisme clairement affiché. Julie qui a connu Degas lorsqu’elle était enfant lui reste attachée, partageant au demeurant son opinion, comme elle l’écrit dans son journal le 24 février 1899, à la suite de l’élection de Loubet : « les dreyfusards, les juifs, les panamistes, etc., (…) vont pouvoir gouverner à leur aise. (…) ».

Mais Julie a 21 ans et rêve de se marier. Le timide Ernest Rouart rencontré chez des amis lui plait de plus en plus, avec « sa jolie barbe » et « ses yeux enfoncés ». Cet homme qui « cause agréablement et (…) est absolument aimable et gentil ». Et partage son amour de la peinture ! Elle l’épouse en mai 1900, entrant de ce fait dans une autre grande famille atteinte du virus de l’art et cumulant collectionneurs, mécènes et artistes sur trois générations, les Rouart : Henri (1833-1912) son fils Ernest (1874-1942) et son petit-fils Augustin (1907-1997) auquel le Petit Palais vient de consacrer une petite exposition : https://lagoradesarts.fr/-Augustin-Rouart-La-peinture-en-heritage-.html

Julie collectionneuse

Si devenue Mme Ernest Rouart, Julie ne montre plus ses œuvres, elle ne cesse de pratiquer et surtout, elle collectionne aux côtés de son époux Ernest, bon peintre lui aussi. Gardienne de l’œuvre de sa mère, comme de celle de son oncle Édouard Manet elle assure aussi leur promotion. En 1912, l’extraordinaire collection du beau-père de Julie, Henri Rouart, est dispersée aux enchères. Polytechnicien, industriel et peintre de paysages inspirés de Corot et de Millet, rehaussés d’impressionnisme, c’est aussi un riche collectionneur qui possède des œuvres de Delacroix, Jongkind, Courbet, Daumier, Degas, Corot, Velázquez, Poussin, Gauguin. Des œuvres que Julie a déjà pu voir en janvier 1898, comme elle le raconte très en détails dans son journal. Avec son mari, ils décident de racheter autant d’œuvres que possible au cours de cette vente qui marque le commencement de l’envolé des prix de l’impressionnisme. Julie, qui possède aussi des œuvres de sa mère et de son oncle et quelque jolies pépites tel un portrait de famille par Fragonard, ou des dessins de Renoir, considère que l’art est un patrimoine commun et procède à des dons. Ainsi, la célèbre Dame aux éventails (1873) de Manet entre au Louvre en 1930, en mémoire de sa mère, Berthe Morisot. Il est aujourd’hui conservé à Orsay. Après la mort d’Ernest en 1942, Julie continuera de collectionner, achetant en 1956-1957 un grand Nymphéa de Monet.

Cette exposition qui lui est dédiée réunit plus d’une centaine d’œuvres : peintures, sculptures, pastels, aquarelles, gravures provenant des musées du monde entier et de collections particulières. Elle retrace sa vie, depuis son enfance et montre ses peintures. Elle met surtout en évidence ce qui fut l’engagement de sa vie : faire reconnaitre l’œuvre de sa mère, de son oncle et promouvoir la peinture en général. C’est à ce titre que l’histoire a retenu son nom.

Catherine Rigollet

Archives des expos à Paris
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Du 19 octobre 2021 au 20 mars 2022
Musée Marmottan Monet
2, rue Louis-Boilly 75016
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
Tarifs : 12€/8,50€
www.marmottan.fr

Visuels : Pierre Auguste Renoir, Julie Manet ou L’Enfant au chat, 1887, Huile sur toile, 65,5 × 53,5 cm. Paris, musée d’Orsay, accepté par l’État à titre de dation en paiement des droits de succession, 1999, © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Stéphane Maréchalle.
Berthe Morisot, Julie rêveuse, 1894, huile sur toile, 65 x 54 cm. Collection particulière. © Christian Baraja SLB.
Édouard Manet, Stéphane Mallarmé, 1876. Huile sur toile, 27,2 × 35,7 cm. Paris, musée d’Orsay, acquis avec le concours de la Société des Amis du Louvre et de D. David Weill, 1928 © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay).
Julie Manet, Portraits de Jeannie au piano et de Paule l’écoutant, 1899. Huile sur toile, 90 × 90 cm. Collection particulière.