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Expo en France

Kees Van Dongen. Coqueluche des étés à Deauville durant cinquante ans

Soixante ans après Courbet venu, en 1856, à Deauville qui n’était encore qu’un village d’une centaine d’habitants, une terre de marais et de dunes face à la mer, Kees Van Dongen (1877-1968) découvre le lieu. En une dizaine d’années à peine, il s’est transformé en luxueuse villégiature, une ville des plaisirs. L’ex-illustrateur anarchiste devenu peintre fauve avant d’être le portraitiste mondain du Tout-Paris va y peindre, dessiner et animer les étés cinquante ans durant.

Venu une première fois en 1912 sur les traces de Jongkind, peintre précurseur de l’impressionnisme, et hollandais comme lui, Van Dongen est, à partir de 1919, invité chaque été à Deauville au Normandy, par Eugène Cornuché, puis par François André, tous les deux directeurs des hôtels et du Casino. Il va y séjourner chaque été pendant 50 ans, peignant et dessinant, non pas la mer comme Courbet, mais les élégantes en ville et les baigneuses sur les planches, étirant démesurément leurs jambes, érotisant leurs poses, hâlant leur peau, les habillant en Paul Poiret, s’éloignant des robes en satin et des poses proustiennes de Boldini (1842-1931), auquel on le compare parfois. En amateur de fêtes, de casino, de tangos endiablés et de courses de chevaux, Van Dongen les croque en quelques coups de crayon ou de pinceaux colorés, organisant lui-même un gala en 1932 où tout le monde doit venir en blanc.

Fauve (sa plus belle période), mais surtout mondain, Kees Van Dongen (de son vrai nom Cornelis Théodorus Marie van Dongen) doit son succès et sa fortune comme portraitiste emblématique de la société parisienne des années 1920-1930, surtout des femmes de la haute société qui adorent ses portraits. La station balnéaire de Deauville attirant l’été tout le gotha parisien, l’artiste est aux premières loges pour prendre les commandes de la clientèle fortunée qu’il côtoie, capter l’air du temps et la nouvelle mode des garçonnes aux cheveux courts. En 1961, il se fait l’ambassadeur de la station balnéaire et réalise l’affiche du centenaire de la ville, immortalisant la vue du célèbre Bar du soleil sur les planches avec ses grands parasols rouges, jaunes, verts et oranges tranchant sur le bleu azuréen du ciel. À Deauville, Van Dongen restera toute sa vie une vedette. Ses portraits mondains ont beau se dupliquer et s’affadir, son voyage en Allemagne, en octobre 1941, en compagnie de Derain, Vlaminck, Dunoyer de Segonzac, avoir un peu terni son image, mais tout le monde se retourne sur sa longue et filiforme silhouette de séducteur un peu sulfureux à la barbichette devenue blanche, passant du peignoir de bain le jour au frac le soir. Van Dongen a toujours su se mettre en scène (Autoportrait en Neptune, 1922 et Autoportrait nu, 1935). Il tourne la page Deauville en août 1963. Alors âgé de 85 ans, il est photographié dans la cour de l’Hôtel Normandy. C’est son dernier séjour connu à Deauville. Le peintre, installé à Monaco depuis 1947, ne retournera plus en Normandie.

Plus d’une centaine d’œuvres retracent sa carrière depuis ses débuts montmartrois et sa palette fauve (remarquable femme au Maillot blanc, 1908, issue certainement de l’univers du cirque), jusqu’à ses étés à Deauville. Une exposition bien dans le ton de la période estivale et qui se déploie dans la belle architecture de l’ancien couvent et orphelinat Saint-Joseph de la Congrégation des Sœurs Franciscaines, entièrement restructuré par l’agence Moatti & Rivière début 2021 qui a su préserver ce patrimoine exceptionnel tout en l’inscrivant dans une expression contemporaine, avec notamment un lustre blanc monumental éclairant l’ancien cloître devenu salle de lecture. Désormais ce lieu de culture rassemble sur un site unique un musée, une médiathèque (le livre est ici roi jusqu’à décorer le comptoir de l’accueil), une salle de spectacles, et un restaurant. Et si vous êtes à Deauville, traversez le pont sur la Touques pour aller à Trouville découvrir à la Villa Montebello une sélection de tableaux de Gustave Courbet autour du thème de l’eau. Charmé par le lieu en plein essor depuis les années 1830, le maître d’Ornans y passa plusieurs mois à peindre la mer.

Catherine Rigollet

- Catalogue de l’exposition, Éditions des Falaises. 2022. 25€

Archives des expos en France
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Du 2 juillet au 25 septembre 2022
Les Franciscaines
145, avenue de la République - 14800 Deauville
Du mardi au dimanche, 10h30-18h30
Tarif plein : 15€
www.lesfranciscaines.fr

Visuels : Kees Van Dongen, La Baigneuse à Deauville, vers 1920, huile sur toile, Collection privée.
Kees van Dongen, Femme regardant un steeplechase (Le Renard argenté), vers 1928. Eau-forte aquatinte. Utrecht, Kunsthandel Juffermans /
Photos : L’Agora des Arts, juillet 2022.