Après quatre ans de travaux de rénovation et une nouvelle aile, le Design Museum Gand a rouvert ses portes le 3 octobre 2026, avec comme objectif d’en faire plus qu’un musée, un lieu d’expérimentation, de dialogue et d’action collective, ouvert à tous. Une réussite.
Le design est entré dans chaque recoin de ce musée fondé en 1903. Dans le bâtiment, tout a été repensé pour une utilisation des matériaux autant écologique qu’esthétique, en faisant appel à l’économie circulaire : briques pressées localement à partir de déchets de construction municipaux, cloisons en bois, incroyable porte d’entrée en aluminium imprimée en 3D en forme de rideau, jolis casiers de consigne en bois de récupération de différentes couleurs, mobilier récupéré et relooké par des personnes en réinsertion, toilettes toutes différentes créées par dix designers qui ont intégré là encore des matériaux durables et de récupération, etc.
Voulue par la directrice Katrien Laporte, la nouvelle aile, entièrement construite en bois, domine désormais l’historique Hôtel De Coninck et en relie toutes les parties. Elle constitue un espace informel et gratuit, conçu pour accueillir des expositions, des conférences, des événements et plusieurs ateliers créatifs que chacun peut librement utiliser. L’avenir dira comment le public s’approprie ces lieux. Du 4e étage (Le Loft, espace événementiel), elle offre une vue à couper le souffle sur le médiéval château des Comtes et sur la cathédrale Saint-Bavon, écrin de L’Agneau mystique (1432), des frères Van Eyck.
Le musée a également renouvelé la présentation de sa collection (24.000 objets du XIVe siècle à nos jours, avec un accent sur le design belge), en réunissant quelque 500 pièces emblématiques dans un parcours thématique (migration, confort, connexions…) et une scénographie épurée et lumineuse. On y retrouve des icônes internationales du design, ainsi que des talents moins exposés. Quelques exemples : Alvar Aalto, Pieter De Bruyne, Charles & Ray Eames, Mabel Elwes, Michael Graves, Paul Hankar, Joseph Hoffmann, Victor Horta, Arne Jacobsen, Gaetano Pesce, Gustave Serrurier-Bovy, Ettore Sottsass, Henry van de Velde, etc.
La fermeture du musée a permis de numériser toutes les pièces que chaque visiteur peut retrouver dans le Studio Digital avec l’outil Searcher, en croisant différents critères comme la couleur, la forme, la fonction… plutôt qu’en cherchant par auteur, période ou matériau. Un plus astucieux de l’IA pour nous permettre de porter un regard nouveau sur la collection.
Public Matter(s). Design et Démocratie
L’exposition inaugurale consacrée au design et à la démocratie (jusqu’au 11 avril 2027) explore la manière dont nous vivons ensemble et prenons des décisions, et dont les objets, l’architecture, les slogans, façonnent nos systèmes politiques et notre capacité à agir collectivement. Dans un parcours en 12 thèmes, elle montre que tout dans notre système démocratique occidental est un choix de conception délibéré. Du bulletin de vote (sa mauvaise conception peut conduite des électeurs à se tromper) aux affiches de manifestation. Des personnes exclues du droit de vote ou empêchées (femmes et minorités à une certaine époque, étrangers, sans abris, handicapés…) aux droits pour la nature qui en manque cruellement. De la forme et de l’accessibilité des bâtiments parlementaires à l’utilisation des réseaux sociaux.
Plus qu’une expérience visuelle passive, l’exposition invite à la réflexion, se demandant aussi comment le design et l’architecture peuvent évoluer pour devenir plus inclusifs et démocratiques. Elle interpelle in fine les citoyens que nous sommes à renforcer notre propre « réflexe démocratique ». Essentiel en ces temps où la démocratie est partout attaquée.
Catherine Rigollet











