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« Une sélection des meilleures expositions à voir actuellement à Paris et en Ile de France »

Expo à Paris

Simon Hantaï (1922-2008). L’exposition du centenaire

L’artiste Simon Hantaï peignait en « aveugle », pliant et froissant les toiles pour en faire jaillir une floraison de formes abstraites multicolores. À l’occasion du centenaire de sa naissance, la Fondation Louis Vuitton organise une grande rétrospective sous le commissariat d’Anne Baldassari. Elle rassemble environ 150 œuvres de l’artiste (essentiellement de grands formats) et pour la moitié d’entre elles jamais exposées car issues du fonds d’atelier de l’artiste montré ici de manière exceptionnelle.

« Qu’est-ce qui fait qu’un enfant, né au sein d’une famille de paysans dans la campagne hongroise, sans électricité, sans bagage culturel ou esthétique, veuille devenir -et devient- peintre ? (…), s’interrogeait Zsuzsa Hantaï, épouse de Simon Hantaï. Natif de Bia, près de Budapest, issu d’une famille d’origine allemande de culture souabe catholique, Simon Hantaï révèle très tôt une prédisposition pour le dessin, s’intéresse à l’art et décide qu’il sera peintre. Et nul doute que la cécité de plusieurs mois qui l’a affecté enfant à la suite des complications d’une grave diphtérie, a eu un fort impact sur sa vie et sur son œuvre.

Un jeune souabe à l’assaut de Paris

Parti étudier à l’école des Beaux-Arts de Budapest, il rencontre en 1945 Zsuzsa, une jeune étudiante juive qui deviendra sa femme. Marqués par la guerre, les déportations des juifs puis l’invasion de l’armée Rouge, Hantaï et son épouse quittent la Hongrie en 1948. Le couple visite l’Italie puis arrive à Paris, sans un sou, mais Simon s’est enrichi de la découverte du dripping de Pollock et des œuvres des dernières années de Matisse et il se met au travail. Il expérimente les pliages, sans toutefois en mesurer encore les potentialités plastiques, pratique le grattage, le frottage, le collage, les empreintes et les coulures, les écritures...
Un jour de1952, il dépose une petite œuvre devant la porte d’André Breton qui séduit lui consacre sa première exposition personnelle parisienne à la galerie surréaliste
« À l’Étoile scellée ». Hantaï restera trois ans dans le groupe des surréalistes, avant de le quitter. Ses aspirations profondes, sa foi catholique retrouvée et ses amitiés artistiques avec les peintres Georges Mathieu, Jackson Pollock, Joan Mitchell, Sam Francis, Jean-Paul Riopelle, ne collent plus avec la ligne de Breton.

Le pliage comme méthode

C’est au début des années 1960 qu’il trouve définitivement son style avec les pliages, en commençant avec la série des Mariales. Dès lors, il n’aura de cesse d’expérimenter de nouvelles façons de plier, créant une dizaine de séries différentes. Ainsi les Panses (1964-65), en forme de sacs ou de « saucisses » peints puis accrochés sur un clou. Pour la série des Meuns, qui correspond aux années 1966-68 où Simon et Zsuzsa, enfin naturalisés français, se sont installés avec leurs cinq enfants à Meun en lisière de forêt de Fontainebleau, la toile est désormais nouée aux quatre angles et au centre, avant d’être recouverte de peinture, le plus souvent monochrome. Pour la série des Blancs (1973-75), la surface de la toile blanche laissée en réserve prend le pas sur la surface colorée. Il entreprend à la même période les premiers Tabulas, au pliage en quadrillage régulier, permettant d’organiser la surface en un ensemble de carrés peints d’une unique couleur et séparés par des blancs en réserve. Hantaï les poursuivra jusqu’en 1982, où représentant la France à la Biennale de Venise, déçu par l’accueil qui lui est réservé, il décide de se retirer de la vie publique et n’expose plus qu’à de rares exceptions. S’il continue à peindre et à expérimenter, notamment au début des années 2000 avec les séries des Suaires et des Buées qui s’appuient sur des traitements numériques d’œuvres antérieures, recadrées et remises en perspective, il montrera rarement ce « dernier atelier ».

Catherine Rigollet

Poursuivez ce parcours en terre d’abstraction avec La Couleur en fugue . Située au dernier niveau de la fondation Vuitton, cette exposition réunit des œuvres monumentales et hors-cadres de cinq artistes contemporains : Sam Gilliam, Katharina Grosse, Steven Parrino, Megan Rooney et Niele Toroni. Jusqu’au 29 août 2022. (https://lagoradesarts.fr/-La-couleur-en-fugue-et-sol-majeur-.html).

- Le catalogue qui accompagne l’exposition est à la hauteur de l’événement. Richement illustré, notamment de l’ensemble des œuvres présentées dans le parcours, il ouvre sur un entretien avec Zsuzsa Hantaï menée par Anne Baldassari et des contributions de Jean-Luc Nancy, Georges Didi-Huberman, Jean-Louis Schefer et Daniel Buren qui noua une solide amitié avec Hantaï et se considère comme l’un de ses héritiers spirituels. Co-édition Fondation Louis Vuitton et Ed. Gallimard, 392 pages. 49,90€

Visuels : Simon Hantaï, Mariale m.c.3, Paris, 1962. Huile sur toile, 223 × 213 cm. Collection particulière © Archives Simon Hantaï / ADAGP, Paris 2022 © Laurent Lecat.
Edouard Boubat, Simon Hantaï dans son atelier travaillant aux Tabulas, Meun, 1973 © Archives Simon Hantaï / Adagp, Paris, 2022 © Édouard Boubat.
Panse, Paris, 1964. Huile sur toile, 216 × 168,5 cm. Collection particulière © Archives Simon Hantaï / ADAGP, Paris 2022 © Fondation Louis Vuitton / David Bordes.
Tabula, [Paris], 1980. Acrylique sur toile marouflée, 297 x 266 cm. Collection particulière © Archives Simon Hantaï / ADAGP, Paris 2022. © Fondation Louis Vuitton / David Bordes.
Tabula, [Paris], 1980, Acrylique sur toile marouflée, 262 x 458 cm. Collection particulière © Archives Simon Hantaï / ADAGP, Paris 2022 © Fondation Louis Vuitton / David Bordes.
Sans titre, Paris, 1984, Acrylique sur toile, 47 x 42 cm. Collection particulière. © Archives Simon Hantaï / ADAGP, Paris 2022 © Fondation Louis Vuitton / David Bordes.

Archives des expos à Paris
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Du 18 mai au 29 août 2022
Fondation Louis Vuitton
8, avenue du Mahatma Gandhi,
Bois de Boulogne, 75116 Paris
Lundi : 11h - 20h
Mardi : fermeture
Mercredi : 11h - 20h
Jeudi : 11h - 20h
Vendredi : 11h - 21h (sauf les premiers vendredis du mois, fermeture à 23h)
Samedi et dimanche : 10h - 20h
Tarif plein : 14 €
www.fondationlouisvuitton.fr