Face au ciel : Paul Huet en son temps

Réouvert le 14 février 2026 après dix-sept mois de travaux de restauration des bâtiments et de réorganisation du parcours de visite des collections permanentes, le musée de la Vie romantique consacre son exposition temporaire inaugurale à l’œuvre de l’artiste Paul Huet (1803-1869) en se focalisant sur son traitement du ciel dans ses paysages et en le confrontant à ses aînés et à ses contemporains connus ou inconnus, offrant quelques belles découvertes.

Oublié, Paul Huet est souvent considéré comme l’un des précurseurs du paysage romantique en France, inspiré par les grands maîtres anglais comme Constable (Vue de Hampstead Heath, effet d’orage, vers 1822) et Turner (hélas absent de l’expo). Avec son goût pour peindre en plein air, face à la nature, Huet a traduit dans ses tableaux la réalité de celle-ci, en rompant avec la tradition classique et en y mettant toute sa sensibilité romantique. Depuis la fin du XVIIIe siècle, la pratique du paysage a évolué, passant du décor à un véritable sujet. Huet a ainsi cherché à capter dans ses tableaux, lumière, brumes, nuages, vapeurs dans des scènes naturelles dramatiques comme des tempêtes, des ruines (Ruines du château de Pierrefonds, 1867) ou des forêts profondes, mais aussi des moments plus paisibles et poétiques. Dans ses paysages de plus en plus libres, vivants, expressifs, il a parfois glissé de petits personnages et des animaux pour apporter une dimension plus narrative, parfois plus émotionnelle. On le voit dans Un orage à la fin du jour, dit aussi Le retour du grognard (vers 1831), ou dans Le Gouffre (1861) qui semble vouloir aspirer hommes, chiens et chevaux. Le ciel y est si violemment agité, l’obscurité enveloppant le paysage si angoissante, que le mystère et la dramaturgie de la scène s’en trouvent renforcés. Dans d’autres paysages, le ciel est transfiguré par la lumière. Et on ne sait si elle vient du soleil ou de sa réverbération sur l’eau qui scintille, comme sur La Laïta à marée basse, 1865.

Si l’intérêt de Paul Huet pour le ciel ne peut rivaliser avec celui d’Eugène Boudin (1824-1898), « le roi des ciels », présent dans l’exposition avec son ciel normand laiteux du Pêcheur à Villerville (vers 1862), il est suffisamment notable pour que les commissaires de l’exposition Gaëlle Rio et Dominique Lobstein aient choisi d’en faire le fil rouge du parcours, mettant en regard la vision du paysage de Huet avec celle de ses contemporains : Paul Flandrin, Eugène Delacroix, Théodore Rousseau, Eugène Isabey ou encore Alexis-Nicolas Noël et son terrifiant Col du Grand St Bernard par un temps de dégel, Jean-Bruno Gassies et son brumeux Paysage d’Écosse ou encore Claude-Sébastien Hugard de La Tour et sa sublime Mer de glace (1862) un jour de soleil.
Une promenade romantique de ciel en ciel à poursuivre dans l’ancienne maison d’Ary Scheffer qui accueille les collections permanentes du musée dans un nouveau parcours.

Catherine Rigollet

Archives expo à Paris

Infos pratiques

Du 14 février au 31 août 2026
Musée de la Vie romantique
Hôtel Scheffer-Renan
16 rue Chaptal 75009
Du mardi au dimanche, 10h-18h
Entrée gratuite Collections permanentes
(Tarif expo : 12€/10€)
Tel. 01 55 31 9567
www.museevieromantique.paris.fr


Visuels :

 John Constable, Vue de Hampstead, effet d’orage, dit aussi : L’Étang de Branch Hill à Hampstead. Vers 1822. Huile sur toile. Paris, musée du Louvre. Photo L’Agora des Arts.

 Paul Huet, Vue générale de Rouen, prise du Mont-aux-Malades, 1831, huile sur toile, 195 x 229 cm © Musée des Beaux-Arts de Rouen

 Jean-Bruno Gassies, Paysage d’Écosse, 1826, huile sur toile, 60 x 78 cm, Autun, Musée Rolin Photo © Studio Piffaut

 Paul Huet, Esquisse pour Un orage à la fin du jour, dit aussi « Le Cavalier » ou « Le Retour du grognard », vers 1831, huile sur toile, 48.2 x 64 cm – Beauvais, MUDO, Musée de l’Oise. Photo © RMN-Grand Palais (Musée départemental de l’Oise) / Thierry Ollivier

 Paul Huet, Le Gouffre, 1861, huile sur toile, 125 x 212 cm– Paris, Musée d’Orsay – Photo © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

 Eugène Boudin, Pêcheur à Villerville, marée basse, vers 1862. Huile sur bois. Rouen, musée des beaux-arts. Photo L’Agora des Arts.

 Paul Huet, La Laïta à marée basse, 1865, huile sur toile, 33 x 55 cm– Quimper, Musée des Beaux-Arts – Photo © GrandPalaisRmn / Mathieu Rabeau