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Expo à L'étranger

NADIR. L’art contemporain au zénith au chateau de Laarne

À proximité de Gand, le château médiéval de Laarne s’ouvre pour la première fois à l’art contemporain en servant de cadre aux œuvres d’une douzaine d’artistes belges de renommée internationale comme Kris Martin, Wim Delvoye, Thomas Bogaert, Michaël Borremans ou Berlinde de Bruyckere.

À moins de 15 km de Gand se dresse le Château de Laarne, un château médiéval jamais détruit ni brûlé, flanqué de tours, douves et donjon, transformé au fil des siècles en une élégante demeure d’été, décorée de meubles, tapisseries, tableaux, et dotée d’une belle collection d’argenterie européenne. C’est dans ce cadre que l’artiste belge Kris Martin (né en 1972) principal représentant de l’art conceptuel contemporain en Belgique, a invité de manière assez informelle (c’est-à-dire sans s’intituler commissaire de l’exposition) une douzaine d’artistes belges, gantois pour la plupart, qui l’ont formé et influencé et avec lesquels il a noué des liens d’amitié. En écho au terme NADIR, soit en astronomie le point se situant à l’opposé du zénith, chacun a apporté deux ou trois œuvres, certaines conçues spécialement pour l’événement. Et chacun a choisi une ou deux pièces du château, s’inspirant des lieux pour les mettre en scène.

Ne cherchez surtout pas le lien des œuvres (souvent ténu) avec le thème nadir, promenez-vous simplement au fil des salles servant d’écrin aux œuvres de Kris Martin, Francis Alÿs, Thomas Bogaert, Michaël Borremans, D.D. Trans, Dirk Braeckman, David Claerbout, Berlinde de Bruyckere, Wim Delvoye, Matthieu Ronsse, Jan van Imschoot et Daniël Ost. Parmi les œuvres les plus marquantes, The Close, 2022 (15 minutes) de David Claerbout (né à Courtrai en 1969). Pour son nouveau film, cet artiste qui développe une photographie du mouvement, introduisant des éléments narratifs, est parti d’un vieux film amateur montrant des enfants pauvres jouant dans les ruelles du Glasgow des années 1910, qu’il a prolongé, presque sans rupture à l’écran, avec une restitution 3D de l’un des enfants, « filmé » en gros plan, souriant face caméra. Un moment émouvant et poétique. Wim Delvoye (né en 1965), bien connu pour son humour, son goût de l’expérimentation et ses célèbres cochons tatoués, en expose trois, ici recouverts de tapisseries, ainsi que trois tables à repasser décorées de blasons héraldiques, dont l’un aux couleurs de l’Ukraine.

Au sommet de la tour, dans une pièce plongée dans la pénombre où furent enfermées des femmes accusées de sorcellerie, Dirk Braeckman, photographe privilégiant le gris et travaillant beaucoup de nuit, a accroché une monumentale et sombre photographie de femme nue, tête en bas, comme plongeant dans le nadir. Fidèle à son travail qui ausculte l’imaginaire de la dépouille, dans la lignée du Bœuf écorché de Rembrandt ou du Christ mort de Hans Holbein, Berlinde de Bruyckere (née en 1964) nous glace ici d’émotion et d’effroi avec un poulain taxidermisé posé sur un coffre au centre d’une petite tourelle semblable à une chapelle mortuaire. Dans une autre tourelle, c’est un torse d’homme en cire qui repose telle une relique. Inquiétant aussi, plus énigmatique encore, l’univers de Michaël Borremans (né en 1963), se mêle aux argenteries du château utilisées comme un décor de théâtre pour mieux questionner le statut de la représentation des choses et des humains. Kris Martin, admirateur des frères Van Eyck, largement connu en Belgique pour sa sculpture Altar, 2014 (« Autel »), le cadre vide du retable de l’Agneau Mystique (installé aujourd’hui sur la plage d’Ostende), continue d’interroger dans ses sculptures et installations la fugacité, l’identité et la mort ; des thèmes qui traversent l’histoire de l’art depuis des siècles. Comme ce « tabernacle » dont on ignore le contenu, sauf quand l’artiste ouvre la porte, révélant une bougie allumée (Mandi XLV, 2019). On terminera avec Frank Tuytschaever (alias D.D. Trans), « qui avec des petits rien fait un poème » de l’avis de Kris Martin. Séduit par la cuisine du château de Laarne, il y a glissé un intrus, un flacon de détergent dont il a détourné le nom en Tears Ultra : on lave avec les larmes. De l’humour potache, minimaliste et surtout pop’art. Un état d’esprit bien en résonance avec la grande exposition Pop Art (de Warhol à Panamarenko) qui se tient en même temps au M.S.A.K de Gand.

Catherine Rigollet


À Gand, on ne manquera pas d’aller admirer le retable de L’Agneau Mystique restauré et installé à demeure dans son nouvel écrin à la Cathédrale Saint Bavon.

Visuels : Vue du château de Laarne, 17 mars 2022.
Wim Delvoye, Bidjar’, Yazd’, Karaj’ (2011-2014), Tapis persan en soie sur moule en polyester.
Berlinde de Bruyckere, Honte, 2019. Peau de cheval, textile, bois, fer, époxy, dacron.
Thomas Bogaert, The Close, 2022 (film, 15 min).
Kris Martin devant Mandi XLV, 2019. Acier, bronze et bougie.
Photos L’Agora des Arts, mars 2022.

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Infos pratiques
Du 13 mars au 22 mai 2022
Château de Laarne, près de Gand.
Eekhokstraat, 5
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
Tarif plein : 10€
www.nadir2022.be