Le Petit Palais revisite une thématique forte de ses collections, celle de l’autoportrait et du portrait d’artistes, avec une sélection d’une centaine d’œuvres du XIXe siècle, d’hommes le plus souvent, mises en regard de manière originale de portraits de treize créatrices d’aujourd’hui. Inaugurant ainsi une année dédiée aux femmes artistes qui se poursuivra à l’automne avec la première monographie consacrée à la peintre impressionniste Eva Gonzalès et une carte blanche confiée à Prune Nourry.
L’autoportrait et le portrait d’artistes traversent toute l’histoire de l’art et toutes les techniques, avec un corpus largement masculin, y compris durant la scène artistique du XIXe siècle. Ouvrant avec l’iconique et très romantique Autoportrait au chien noir de Gustave Courbet (entre 1842 et 1844), une œuvre de jeunesse dans laquelle le peintre s’est représenté âgé d’une vingtaine d’années, posant avec un air d’autosatisfaction accompagné de son épagneul dans un paysage des environs d’Ornans, son village natal, le parcours se poursuit avec les autoportraits de : Léon Bonnat, Jacques-Émile Blanche, Hippolyte Flandrin, Jean-Baptiste Carpeaux…au milieu desquels trône (sur un tabouret) celui d’Hélène Delprat (2017), sous la forme d’un mannequin hyperréaliste en silicone et résine polyester. Effet de surprise garanti.
Le regard audacieux des contemporaines
Ce rapprochement original pensé par les commissaires de l’exposition sous la direction d’Annick Lemoine (qui vient de quitter la direction du Petit Palais pour prendre celle d’Orsay et de l’Orangerie), se poursuit avec des autoportraits de : Nina Childress, plein d’autodérision en clown-fleur, 2020) ; de la photographe et cinéaste Nan Goldin (qui bénéficie d’une rétrospective au Grand-Palais) ; d’Annette Messager (avec un mur de 90 essais de signature pour trouver la meilleure) ; de Claire Tabouret (en double portrait) ; de Cindy Sherman dans un pastiche du tableau de Raphaël « La Fornarina », muse et modèle du célèbre peintre de la Renaissance ; de Camille Henrot (avec son corps fragmenté) ; ou encore de Nathanaëlle Herbelin (qui se peint enceinte, évoquant Paula Modersoh-Becker qui fut la première à le faire en 1906.
Du miroir au portrait collectif
L’exposition explore ensuite les portraits collectifs d’artistes comme dans ce fragment monumental (140 x 250 cm) du Panorama du siècle d’Henri Gervex (1889) qui met en scène plusieurs peintres qui ont compté depuis 1789, dont Jules Dupré, Théodore Rousseau, Jean-François Millet, Charles Daubigny, Camille Corot ou encore Gustave Courbet. Pour nombre de ces artistes, l’atelier est le creuset de leur création, reflétant souvent leur personnalité. Et durant la seconde moitié du XIXe siècle, ils se font volontiers photographier ou portraiturer dans cet espace intime qui se mue en lieu de représentation. Le parcours se clôt avec des hommages d’artistes à leurs pairs. En peinture, avec Jules Chéret par Jacques-Émile Blanche, Maurice Denis et Pierre Bonnard par Vuillard, Germaine Dawis par Jean-Jacques Henner. Ou en sculpture, avec Carrier-Belleuse par Rodin dont il fut le maître, Vélasquez par Jean Joseph Carriès. On trouve immanquablement un Rembrandt (ici par Stanislas Lami). La fascination pour le maître hollandais tenant en partie à l’obsession de sa propre image qu’il traduisit en près de cent autoportraits.
À la fois quête de soi et manifeste esthétique
Du XIXe siècle à aujourd’hui, à la fois quête de soi et manifeste esthétique, le portrait d’artiste ne cesse de se renouveler et les femmes ne se privent pas de le faire, avec une grande liberté et souvent beaucoup d’audace. L’exposition se prolonge dans les collections permanentes du musée avec 3 œuvres contemporaines signées Françoise Pétrovitch, Apolonia Sokol et Anne et Patrick Poirier, et une trentaine d’autres portraits et autoportraits, qui en raison de leur format monumental ou de leur fragilité n’ont pas été déplacées, notamment l’Autoportrait en costume oriental, 1631 de Rembrandt, ce grand Narcisse de la peinture.
Catherine Rigollet








